Golden Hello : Sanofi promet 22 millions € à Brandicourt

Vous croyez que le voile est enfin levé sur la rémunération des grands patrons de multinationales ? Vous vous trompez. Les péripéties dont sont capables ces dirigeants pour engranger salaires, bonus, parachutes dorés, golden hello, actions gratuites et retraites chapeau sont incroyables !

En instaurant le « say on pay » en 2014,  l’Afep-Medef,  pape de la gouvernance auto-proclamé, s’est moqué des petits porteurs. En théorie, ils ont les moyens d’exprimer en AG, leur mécontentement sur les sommes versées ou promises aux dirigeants. En réalité, tout est fait pour qu’ils n’y comprennent rien.

Et si le salaire est bien exposé, les a-côtés bien plus rémunérateurs pour nos chers patrons font l’objet d’exposés incompréhensibles et volontairement abscons. Nos champions du CAC40 paient même des officines pour leur rédiger des explications dans un langage juridique qui échappe à la plupart d’entre nous.  Pour comprendre et accéder à la vérité des chiffres, il faut donc éplucher les documents de l’entreprise  et partir à la recherche de ce qui le plus souvent est pudiquement qualifié d’ « éléments de rémunération et qu’on trouve en principe soit dans les documents de référence, soit dans la rubrique « gouvernance » des sites internet des grandes entreprises quand ils existent.

LE CAS BRANDICOURT : NON PAS 4 MILLIONS DE GOLDEN HELLO MAIS 22 MILLIONS € CHEZ SANOFI  !

C’est en épluchant les documents présentés sur le site de Sanofi au titre de la gouvernance que nous avons découvert, qu’Olivier Brandicourt qui remplacera Christopher Viehbacher comme DG de Sanofi en avril prochain a bénéficié d’un cadeau d’arrivée totalement extravagant, bien au delà de la prime de 4 millions d’euros qui a fait les grands titres des journaux en février.

Au titre de son arrivée dans la maison Sanofi, le DG a eu droit non pas à un cadeau mais à trois enveloppes. Dans la première, commentée par toute la presse et qui a fait la une des journaux télévisés, il y avait deux chèques de 2 millions € chacun, une prime d’arrivée en cash payable en deux fois. Certes c’est beaucoup mais assez classique quand même. D’après Proxinvest l’ancien PDG de Carrefour, Bernard aurait eu droit à 65 millions d’euros lorsqu’il est entré chez le distributeur.

Mais là où ça ne va pas c’est que les 4 millions de Brandicourt ne sont que la petite partie cachée de l’iceberg. Dans la deuxième enveloppe, il y avait un autre cadeau qui lui aussi compenserait ce qu’il abandonne en quittant Bayer, de quoi lui assurer le maintien de son train de vie. Il aura le droit de toucher dans trois ans 66 000 actions Sanofi qui cotent aujourd’hui 88 euros, pourvu qu’il n’ait pas déçu les actionnaires d’ici là. On peut donc ajouter à la prime de 4 millions d’euros, la bagatelle de 5,9 millions. Comme dirait la pub SFR « Et ce n’est pas fini » ! Olivier Brandicourt s’est fait octroyé un cadeau plus discret et bien plus intéressant encore.

Le nouveau DG n’est pas un perdreau de l’année, il a 59 ans et dans moins de 6 ans il pourra prendre sa retraite, peut-être même avant. En effet, si les administrateurs du géant pharmaceutique peuvent rester en poste jusqu’à 70 ans, le DG lui ne peut dépasser l’âge de 65 ans c’est bien spécifié dans les statuts.

Or, chez Sanofi, il y a une particularité qui n’existe que rarement ailleurs. Pour avoir droit à la fameuse « retraite chapeau » payée par l’entreprise, il faut avoir été au Top management depuis au moins dix ans. Cette retraite assure une rémunération fixe, très généreuse aux patrons de grandes entreprises (et parfois à leurs cadres supérieurs) une fois qu’ils ont leurs trimestres de cotisation à la sécurité sociale ou qu’ils ont atteint l’âge de prendre leur retraite.

Le problème, c’est  que Monsieur Brandicourt, devra partir avant d’avoir eu 10 ans d’ancienneté puisque les statuts de Sanofi stipulent bien dans leur article 16 (http://www.sanofi.com/Images/16653_Statuts_16012015_FR.pdf) que le directeur général ne peut rester en fonction au delà de 65 ans.

La question s’est donc posée de savoir comment octroyer à Olivier Brandicourt le droit à une retraite chapeau qui lui échappe de fait.

Dans un élan de générosité Serge Weinberg et le comité de rémunération (1) de Sanofi présidé par Gérard Van Kemmel, (ancien patron d’Arthur Andersen) ont donc décidé de faire une fleur à Olivier Brandicourt.

Autrement dit, en guise de Sésame, le DG s’est vu accordé à son arrivée chez Sanofi, non seulement 4 millions de prime d’arrivée, 5,9 millions d’actions gratuites de la société, mais également la reconnaissance, à sa prise fonction, d’une ancienneté de 10 ans qui lui permettra de prétendre à 65 ans ( ou avant dans une moindre mesure), en tout cas quand il quittera la société à une retraite chapeau dont le montant annuel pourrait être de l’ordre de 550 000 euros. http://www.sanofi.com/Images/38399_Commitments_Brandicourt_FR.pdf) Rappelons encore qu’il n’y aurait pas droit s’il n’avait obtenu le privilège d’être repris avec 10 ans d’ancienneté. Un privilège que l’on peut donc estimer compte tenu de l’espérance de vie du PDG à 22 fois le montant annuel de la rente payée en totalité par l’entreprise, autrement dit la modique somme de 12,1 million d’euros.

Ce que les anglo-saxons appellent encore la  « golden handshake »  autrement dit la poignée de main en or d’Olivier de Brandicourt, n’atteint pas la somme déjà faramineuse de 4 millions € comme on a pu le lire dans toute la presse – une information que Sanofi comme l’intéressé se sont bien gardés de démentir – mais au minimum 22 millions d’euros ! Et il faudrait ajouter quelques millions supplémentaires à ce chiffre pour obtenir le coût effectif de cette arrivée pour la société, si l’on tenait compte des cotisations sociales que devra verser Sanofi sur ces éléments de rémunération !

Mais comme l’a révélé l’émission cash investigation la semaine dernière, les lâcher de millions sur la tête des dirigeants et en particulier sur celle du prédécesseur Christophe Viehbacher, font partie de la culture de Sanofi. C’est ce que n’ont pas fini de découvrir les actionnaires du groupe lors de l’assemblée générale qui se tiendra le 4 mai 2015 au Palais des Congrès à Paris.

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