Sept conseils pour décrocher un siège d’administratrice

Dans les entreprises du SBF120, de nombreux sièges d’administratrices restent encore à pourvoir d’ici 2017. Ils sont assortis de généreux jetons de présence : 43 000 euros par an, en moyenne. Grâce à la loi sur les quotas de femmes dans les conseils, ces cénacles d’hommes s’ouvrent aux femmes qui doivent occuper 40 % des sièges d’ici 2017.  Casino, Essilor, Fimalac, LVMH, Pernod Ricard, Safran, Carrefour, Faurecia et Renault…devront nommer au moins trois nouvelles femmes administratrices d’ici 2017 pour se conformer à la loi.

Si vous êtes une femme, voici sept clés pour se faire accepter dans un conseil et y rester.

Conseil n°1 : Se rendre visible

Pour être vue et repérée par un chasseur de tête à qui est souvent confié le recrutement des administrateurs, il faut être visible. C’est une évidence. Faire parti de réseaux féminins c’est bien. Cela renforce la confiance en soi, en tant que femme, mais il faut surtout faire parti des réseaux mixtes où se trouvent les hommes et surtout les patrons. Les femmes doivent donc aller contre leur nature (souvent discrète) : mettre leurs qualités en avant, et ne pas hésiter à s’impliquer dans la durée au sein des syndicats professionnels. Voilà sans doute pourquoi en 2013, l’âge moyen des 206 femmes administrateurs du SBF 120 est d‘environ 53 ans selon l’étude de Karima BOUAISS, maître de Conférences à l’Université de Poitiers.

Mieux vaut avoir en tête qu’une présence sur les réseaux sociaux constitue rarement un critère déterminant du choix des administrateurs, sauf dans les sociétés technologiques ou numériques.  Toutefois, la connaissance de ces réseaux est de plus en plus appréciée, car c’est souvent une « compétence » encore absente des conseils.  Dans ce cas privilégier Linkedin et Twitter et veiller à la qualité de vos contacts.

Conseil n°2 : Bien comprendre les enjeux de l’entreprise avant de poser sa candidature

Ne pas confondre « emploi » et siège d’administrateur. Outre le fait qu’il faut être en harmonie avec les autres membres du conseil,  on attend essentiellement d’un administrateur qu’il défende l’intérêt de tous les actionnaires, qu’il apporte ses acquis et ses réseaux  pour encourager le développement de l’entreprise et qu’il l’aide à maîtriser les risques. Pour identifier ses compétences, la futur administratrice doit pencher sur les enjeux de l’entreprise ciblée. Une lecture attentive de la presse financière et boursière permet souvent de dresser une liste de ses forces et de ses faiblesses, de s’informer sur sa culture managériale et les risques éventuels qu’encoure la société. Les enjeux sont-ils financiers, technologiques, numériques, internationaux, sociaux, marketing ? Sur quelles problématiques est-on en mesure d’apporter son savoir faire ? Quel est le profil des autres membres du conseil ? Quelles sont les disciplines sous-représentées ? Sous quel jour présenter sa candidature pour qu’elle colle à la recherche ? Enfin, le règlement intérieur du conseil d’administration que l’on trouve en général sur le site de la société. Non seulement, il décrit assez précisément ce qui attend l’administrateur mais le règlement informe sur les obligations qui s’imposent au nouvel arrivant en matière de conflits d’intérêt, de clause de non-concurrence, de détention d’actions etc….

Conseil n°3 : Refaire son CV

A l’heure du choix, c’est avant tout la personnalité de la future administratrice qui fera la différence.  Retenez tout de même que le profil des femmes administrateurs du SBF120 est assez typé : sur dix femmes, six ont fait des études de management, neuf affichent une expérience en finance ou dans l’industrie et cinq ont déjà occupé un poste au niveau direction dans une entreprise ou une organisation.  Il est conseillé de rédiger un CV sur mesure c’est à dire qui répond aux enjeux de l’entreprise visée. Il peut tenir sur une page : un profil typé en 3 lignes, qui colle aux enjeux du rôle d’administrateur. Ensuite, les compétences clés en très bref, les secteurs, les expériences à l’international (pays), les postes d’administrateurs, puis la liste sèche des expériences professionnelles avec les dates et enfin la formation, les langues et les autres activités associatives.

Conseil n°4 : Afficher des diplômes et une formation adéquates

Si vos n’êtes ni X-Mines, ni énarque, si vous n’avez pas fait une brillante carrière au sein d’une grande entreprise et si vous ne siégez dans aucun conseil en France ou à l’étranger, la partie ne sera pas facile.  Oubliez dans ce cas les entreprises du SBF 120, et intéressez-vous à des sociétés de plus petite taille qui apprécieront davantage vos qualités intrinsèques.

Les  certifications d’administrateurs  sont utiles pour trouver un siège, mais c’est surtout parce qu’ils permettent au président de l’entreprise de justifier son choix auprès de son conseil. La certification d’administrateur prépare néanmoins à adopter le bon comportement et « les codes », elle informe aussi sur les risques juridiques liés à la fonction.

Conseil n°5 : Etre disponible et légitime et rester patiente

Le processus de sélection qui s’est professionnalisé, grâce à l’intégration des femmes dans les conseils, peut paraître long (six mois le plus souvent). Il se déroule entre septembre et avril en général. La candidate doit rencontrer le président et le vice-président ou un administrateur en charge du comité des nominations, ainsi que deux ou trois des principaux actionnaires parfois familiaux. Une fois en poste, il faudra encore savoir patienter et écouter avant d’intervenir en séance, le temps de comprendre les jeux de rôles et les codes de fonctionnement propres à chaque cénacle.  A défaut, une femme bouillonnante sera cataloguée de « militante ».  Quelle horreur !

Il faut savoir que les dossiers à traiter par le conseil  sont souvent consistants et arrivent au dernier moment. Il faut donc pouvoir être disponible pour les étudier. Pour fonder sa légitimité, très souvent, on exige davantage de travail d’une femme que d’un homme. En général, elle prépare aussi mieux ses dossiers  parce qu’elle a parfois moins confiance en elle. Contrairement aux hommes qui savent faire ça avec beaucoup d’élégance, les femmes prennent rarement le risque de donner leur avis sur des dossiers qu’elles ne connaissent pas. Attention toutefois, bien connaître son sujet ne suffit pas à rallier le soutien des autres membres du conseil.

Conseil n°6 : Comprendre les codes

Chaque conseil a ses règles et ses codes. Ils vont sûrement changer car ils sont périmés, mais en attendant, les réformes ne s’obtiennent qu’à la majorité.  Or pour l’instant, les femmes sont en minorité, d’abord par leur sexe et ensuite parce qu’elles ne font pas partie du cénacle de patrons qui siègent dans les conseils. Au début, elles peuvent être perçues comme « intrus ». La première chose qu’on leur demandera : être en harmonie avec le  conseil. Il ne s’agit pas de former une équipe soudée mais d’avoir un comportement relativement conciliant, au moins en apparence et au début. Les codes changeront c’est certain mais quand les femmes ne seront plus minoritaires.

Conseil n°7 : Veiller à ne pas jouer les potiches

La femme qui intègre un conseil a été choisie minutieusement pour ses qualités. Il faut donc rester soi-même et ne pas s’effacer. Toutefois, les dirigeants masculins ne sont pas naturellement pas enclins à écouter une femme qui parle beaucoup. Le bon comportement consisterait donc à s’exprimer librement dans les comités (où siègent 3 ou 4 administrateurs) et à rester davantage sur la réserve en conseil dans un premier temps. Si les suggestions féminines ont été retenues en comité, un  administrateur se fera un plaisir de se les attribuer en conseil. Voici donc un allié ce qui est très utile pour faire ses débuts.

A garder en tête également : les hommes ont une vision stéréotypée des femmes administrateurs, c’est comme ça et ça leur plait. Alors le mieux est de savoir mettre en avant sa part de féminité, tout en adoptant un comportement prévisible et une forte conscience des rapports de force.

 

Ces conseils ont été évoqués le 6 mars 2014, lors d’un colloque qui réunissait quelques 300 femmes à l’initiative de la députée Marie-Jo Zimmermann, auteure de la loi sur les quotas de femmes dans les conseils et Agnès Bricard (Conseil supérieur des experts-comptables). Parmi les intervenants : Michèle BELLON, ex-présidente du directoire d’ERDF et administratrice, Louis SCHWEITZER commissaire général à l’investissement et président d’honneur de Renault, Marie Ange ANDRIEUX, co-présidente de l’association des Femmes Diplômées d’Expertise-Comptable Administrateurs, Sonia BONNET-BERNARD, associée gérante chez Ricol Lasteyrie Corporate Finance, Alain Martel, directeur formation à l’Institut Français des Administrateurs, Anne NAVEZ, fondatrice et présidente de Votre Administrateur et Viviane STRICKFADEN, vice-présidente Women on Board du réseau PWN Paris.

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