Vote en AG : l’Hebdo Investir a levé pour 124 millions € de procurations en 2019

Le nombre d’actionnaires individuels tend à diminuer au fil des ans, mais ceux qui restent ne se désintéressent pas des entreprises, bien au contraire. Ainsi, le service procuration pour les votes en AG, proposé aux actionnaires par l’hebdomadaire Investir, rencontre un succès croissant. Pour la deuxième année, les journalistes de l’hebdomadaire financier, se sont chargés en 2019 d’assister aux AG et de voter au nom des actionnaires individuels qui leur ont donné mandat. Investir les a ainsi représenté dans 33 assemblées générales du CAC40 avec 124 millions € d’actions confiées soit une hausse de 31 % par rapport à l’an dernier. « Les actionnaires représentés par Investir, pèsent ensemble autant qu’un fonds d’investissement qui place son argent sur Euronext » constate le journaliste Jean-Luc Champetier à l’initiative de ces procurations et qui prend la plume pour dresser la politique de vote d’Investir.

Des actionnaires individuels concentrés sur une dizaine de valeurs phares

La quantité de procurations recueillies confirme l’attrait des petits porteurs pour un profil de valeurs soucieuses d’entretenir des liens proches. Ainsi plus des deux tiers des actionnaires ( abonnés ou pas) qui ont confié leur pouvoir à l’hebdo Investir avaient des actions chez AirLiquide pour 27 millions € ( +24 % par rapport au nombre d’actions confiées en 2018), chez Axa pour 6 millions € d’actions ( -13 %),  chez BNP Paribas pour 4 millions € ( +26 %), chez Danone pour 4 millions € d’actions également ( + 39 %), chez EssilorLuxottica pour 4,5 millions € (+11 %), chez L’Oréal pour 5,7 millions €, chez Sanofi pour 6,6 millions € (+7,8 %), chez Schneider Electric pour 4,2 millions € (4,8 %), chez Total pour 14,2 millions (+5,1 %) et chez Vinci avec 10,7 millions €.

Peu de petits porteurs se sont manifestés pour donner procuration aux AG de Legrand, Publicis ou Accor, des sociétés qui ne manquent pourtant pas d’attrait.

Un service gratuit qui se heurte, comme tous les acteurs,  au problème de la vérification des votes 

Investir offre son service gratuitement mais se heurte au problème que rencontrent tous les mandataires. « Nous arrivons en AG, le boitier est prêt pour voter en général, mais nous n’obtenons pas la liste des actionnaires qui nous ont mandatés, nous ne pouvons pas vérifier que nous votons pour tous ceux qui nous ont donné mandat. Il se peut que nous perdions des voix en cours de route, on ne peut pas le savoir. Lorsque l’émetteur n’adhère pas au système de vote en ligne Votaccess, et que les procurations se font sur papier, il se peut qu’il y ait des erreurs » explique Jean-Luc Champetier.

Faire appel au service de procuration d’Investir, se fait en quelques clics si on a un compte titre ou un PEA en ligne et si l’émetteur a confié ses votes à Votaccess, ce qui est le cas chez 80 % des sociétés du CAC40. Pour les journalistes, le service est assez astreignant puisqu’il exige d’eux qu’ils se rendent sur place le jour de l’AG, qu’ils récupèrent les voix confiées au guichet, et qu’il assistent à l’AG qui dure plusieurs heures et qu’ils votent. En 2019, seules les sociétés étrangères ( TechnipFMC, ArcelorMittal, STMicro, Airbus) ainsi que Michelin dont l’AG se tenait à Saint Etienne, LVMH¹ et Sodexo qui tenait son AG en début d’année n’ont pas eu la visite d’investir qui n’a donc pas pu voter.

Investir veut faire de la pédagogie pas la révolution

Il est probable qu’en se rapprochant ainsi des émetteurs, le journal dirigé par François Monnier, tire un avantage de sa position, mais il le fait surtout par conviction, si l’on en croit Jean-Luc Champetier «Chez Investir, nous ne sommes pas favorables à la Bourse Casino, explique-t-il, nous voulons aider nos lecteurs à bien comprendre le fonctionnement des entreprises. Investir n’est pas favorable à la « collectivisation » de l’épargne en actions sauf s’il s’agit d’investir sur des marchés lointains » explique le journaliste.

Si l’hebdomadaire vote en AG pour les actionnaires qui lui confie leurs voix, ce n’est pas pour faire la révolution, de toute évidence. Les journalistes vont défendre autant que possible, l’intérêt des actionnaires en AG et ils sont censés se conformer à la politique de vote qui figure sur le site internet Investir.com quitte à l’adapter s’il se passe des événements particuliers en séance. La politique de vote s’appuie sur quelques convictions fortes : une grande méfiance des autorisations d’augmenter le capital sans droit préférentiel de souscription ou encore, pour les résolutions qui peuvent brider des OPA. Le media défend aussi  la nécessité d’aligner les rémunérations des dirigeants et des administrateurs avec l’intérêt des actionnaires…

Une politique de vote contre les augmentations de capital sans DPS

Quand il s’agit de voter les augmentations de capital, Investir vote  systématiquement contre les augmentations de capital d’un montant supérieur à 5 % « avec suppression du droit préférentiel de souscription », ceci  afin de protéger les petits porteurs contre une dilution sauvage. De même les journalistes s’opposent aux pillules anti-OPA du type Bons Breton ( Emission de BSA en faveur des actionnaires existants, en période d’OPA, destinée à noyer l’attaquant).

En revanche, quand il s’agit de voter contre un administrateur ou de contester la rémunération des dirigeants en votant « contre » les Say on Pay ex post ou ex ante, le media reste assez conservateur. Même si le journaliste explique qu’Investir n’encourage pas «  les rémunérations fixes  excessives ou les variables insuffisament alignés sur l’intérêt des actionnaires », Jean-Luc Champetier reconnaît que la contestation des rémunérations est difficile à mettre en oeuvre « L’analyse des rémunérations est complexe, avec parfois des dizaines de pages d’explications très techniques dans le document de référence, les journalistes n’ont pas les moyens d’analyser tous les Say on Pay en détail » » explique-t-il, « mais lorsque nous sommes alertés sur des cas extrêmes par des agences de conseil en vote, nous nous penchons sur le sujet ».

En 2019, les journalistes d’Investir ont voté contre la rémunération de Carlos Ghosn chez Renault (en suivant l’avis du conseil) et également contre le Say on Pay du PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy « parce qu’il ne perçoit qu’un fixe et que par conséquent sa rémunération n’est pas alignée sur celle des actionnaires ».  S’agissant du renouvellement des mandats des administrateurs, Investir veut être de plus en plus pointilleux et envisage de voter contre en ciblant les administrateurs qui ne possèdent pas suffisament d’actions de la société où ils siègent. « Nous apprécions que les administrateurs investissent pendant leur mandat au moins une année de rémunération. Lors d’un vote pour renouveler un mandat, nous serons très attentifs au nombre d’actions détenues. » explique Jean-Luc Champetier.

En 2020, il espère pouvoir proposer un service de vote aux actionnaires chez Michelin bien que l’AG se tienne à Clermont- Ferrand (Puy-de-Dôme), ainsi que chez Sodexo. Le système de procuration devrait aussi être ouvert à d’autres sociétés du Next20 ( les 20 plus grandes après le CAC40) en particulier celles qui auront adhéré à Votaccess.

¹ LVMH est le principal actionnaire du groupe Les Echos-Investir et Investir s’abstient de représenter les actionnaires individuels pour éviter tout risque de conflit d’intérêt.  

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