EDF : les actionnaires salariés demandent un retrait de la cote

L’Etat qui vient de se faire payer plus de 850 millions € de dividendes EDF en actions, détient maintenant près de  94 % des droits de vote. La barre des 95 % qui permet à n’importe quel actionnaire de demander une offre publique de retrait des titres restants en circulation n’est donc plus très loin. En théorie seulement, puisque l’Etat, actionnaire impécunieux, n’a pas fini de manoeuvrer pour se dispenser d’indemniser les actionnaires.

Une assemblée générale des actionnaires d’EDF est convoquée pour le 26 juillet prochain. Elle doit voter de nouvelles résolutions permettant d’augmenter le capital de 4 milliards €. L’Etat qui a fait ses calculs, ne compte apporter que 75 % de celle-ci. Il se verra donc dilué, et échappera ainsi à l’obligation d’indemniser ses actionnaires. Les espoirs de retrait de la cote des actionnaires d’EDF ont peu de chances d’aboutir, sauf si l’autorité des marchés financiers en décidait autrement. L’action a  perdu 40 % de sa valeur en 2015 et encore 20 % supplémentaires depuis le début de l’année. Et environ 4 % du capital est aujourd’hui entre les mains des actionnaires individuels et des salariés. Ces derniers s’activent pour faire valoir les droits des minoritaires.

Les actionnaires salariés d’EDF, des minoritaires actifs

Chez EDF, à côté des actionnaires individuels qui subissent l’effondrement de l’action sortie du CAC40 en décembre dernier, il ne reste plus guère au capital que les actionnaires salariés pour défendre le droit des minoritaires face à l’Etat écrasant au capital. L’association EDF actionnariat salarié ( EAS)  vient de réitérer auprès de l’Autorité des marchés financiers une demande de retrait de l’action EDF de la cote, car elle craint une évolution négative du cours de Bourse dans les prochaines années. La construction des deux centrales britanniques d’Hinkley Point C, ardemment soutenu par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron (voir notre article  EDF: Comment l’Etat et la direction embobinent les minoritaires) pourrait même peser lourdement sur les comptes de l’électricien.

Le projet a été décidé en octobre 2015 et il n’attend plus que l’aval du conseil d’administration d’EDF, pour être lancé.

Principaux griefs d’EAS à l’encontre d’Hinkley Point C : l’Etat actionnaire d’EDF aurait tendance à confondre ses propres intérêts et ceux de la filière nucléaire française, avec ceux d’EDF; le projet signerait une réorientation l’objet social de l’électricien passant du rôle d’« exploitant et fournisseur d’énergie » à celui de « fabricant d’équipements et de constructeur de centrales nucléaires, en France et dans le monde »; le projet Hinkley Point C exposerait EDF et ses actionnaires à un risque fort de privation de dividendes « pendant au moins sept ans (exercices 2017- 2025)« ; l‘augmentation de capital de 4 milliards € ( dont 3 milliards € venant de l’Etat) sera dilutive pour les actionnaires actuels, avec la création de plus de 25 % d’actions nouvelles proposée en assemblée générale le 26 juillet prochain.

Un défaut d’information signalé à l’AMF au titre des cessions d’actifs significatifs

Selon EAS,  les actionnaires salariés qui ont acheté des titres en 2006 puis en 2008 sur la base de respectivement 32 € ( lors de l’introduction en Bourse) puis de 63 €, ont vu leurs espoirs de gains engloutis avec une action qui cote autour de 10-11 €.

Si l’association conserve l’espoir d’un nouveau report du projet britannique compte tenue des différentes actions judiciaires et réglementaires qui peuvent encore bloquer l’opération, au nom de la défense de ses membres, elle a pris l’initiative d’alerter l’Autorité des marchés financiers le 28 juin 2016.  Avec l’aide du cabinet d’avocats Avistem (lire le document où sont exposés les arguments et les griefs ici), les actionnaires salariés d’EAS ont complété une requête déposée à l’Autorité des marchés financiers le 21 avril dernier. Celle-ci estime qu’EDF n’a pas rempli ses obligations d’information auprès de l’Autorité des marchés financiers et a omis de déclarer ses décisions « qui ont des conséquences majeures, irrémédiables et durables sur les droits et intérêts des détenteurs de titres de capital ou de droits de vote ».

En application de ces textes, EDF SA aurait dû informer l’Autorité des marchés financiers des décisions suivantes :

–  Cession d’actifs stratégiques décidée en avril 2016 pour 10 milliards d’euros ;

–  Signature, en octobre 2013, puis à nouveau en octobre 2015, d’un accord stratégique concernant la réalisation de deux réacteurs nucléaires à Hinkley Point.

Il est par conséquent demandé à l’Autorité des Marchés Financiers :

–  de prendre acte des décisions de la direction visées à l’article L.433-4, I, 3°, du Code monétaire et financier et de l’article 236-6 du Règlement général de l’AMF (cessions d’actifs stratégiques et investissements dans HPC),

–  d’en apprécier les conséquences au regard des droits et des intérêts des détenteurs de titres de capital et de droits de vote de la société EDF SA,

–  de rappeler à l’actionnaire majoritaire qu’il y a lieu à mise en œuvre d’une offre publique de retrait.

Une augmentation de capital dilutive  à voter en AG le 26 juillet

Dès le  22 avril 2016,  après le conseil d’EDF, et la décision de l’Etat de demander le versement de ses dividendes en actions au titre de 2016 et 2017 mais aussi de mettre en oeuvre, un projet d’augmentation de capital sous forme d’opération de marché pour environ 4 milliards €, EAS a publié un communiqué qui pointe la forte dilution qui attendait les actionnaires d’EDF.

Si ces opérations renforcent effectivement les fonds propres de l’entreprise, elles risquent de diluer massivement les actionnaires minoritaires car elles représentent environ 25% de la valorisation boursière du groupe arrêtée au 22 avril 2016 et plus de 150% du flottant. Cette opération renforce la conviction d’EAS de demander une OPR à l’actionnaire majoritaire au prix d’introduction de 2006 soit 32 € par action.

L’association suggérait alors un nouveau report du lancement de l’opération Hinkley Point C :

EAS considère qu’un report de la décision d’investissement est sage tant que le réacteur de Flamanville 3 n’aura pas été mis en service. Les dernières informations concernant les tests de la cuve du réacteur et pour laquelle l’ASN a annoncé qu’elle ne rendrait son avis qu’au cours du premier trimestre 2017 renforcent notre position : il faut lever les incertitudes industrielles, financières et juridiques avant d’investir.

L’Etat encaisse des dividendes d’un côté, recapitalise de l’autre… 

Curieuse gestion financière d’une société surendettée qui verse des dividendes à ses actionnaires d’un côté ( dont 85 % vont à l’Etat), en paie une partie en actions juste avant de les solliciter pour une augmentation de capital qui s’annonce elle aussi dilutive. Existe-t-il une meilleure recette pour faire baisser l’action ? On comprend que le Directeur Financier Thomas Piquemal ait préféré démissionner au printemps, plutôt que d’assumer une stratégie financière aussi chaotique.

Les actionnaires salariés d’EAS ne se sont pas privés de la dénoncer. Dès le 12 novembre 2015, alors qu’EDF s’apprêtait à verser son acompte sur le dividende de 2015, EDF Actionnariat Salarié avait également tiré la sonnette d’alarme concernant les risques financiers liés à la construction des 2 EPR sur le site britannique de Somerset, tandis qu’ils préconisaient dans un communiqué de suspendre le dividende  :

Face aux graves difficultés pour financer Hinkley Point, EDF souhaite passer en force, songeant très sérieusement à diluer les actionnaires minoritaires en se faisant payer un dividende en actions ou en augmentant le capital et en vendant des actifs stratégiques qui diminueront encore plus nos capacités d’investissement futurs (RTE, ErDF ?) puisque générateurs de cashflow. La solution ne serait-elle pas plutôt de baisser, voir de supprimer temporairement un dividende qu’EDF ne peut pas payer ? 

La suggestion n’a pas été retenue et en décembre 2015, EDF versait un acompte sur dividende de 0,57 € par action pour un total d’environ 1,1 milliard €, puis complétait avec un nouveau versement de 1,1 milliard € payable en actions cette fois-ci. Sans ce versement,  la dilution qui va intervenir lors de l’augmentation de capital à venir aurait pu être réduite d’un quart.

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