Chez Vinci, le résultat des votes en AG était faux, le contrat de De Silguy est rejeté

Coup de théâtre, contrairement à ce qui avait été indiqué lors de l’AG 2018 de Vinci, le recomptage des voix des actionnaires conduit au rejet du contrat de 330 000 € payé annuellement à l’administrateur référent Yves-Thibault de Silguy. La convention réglementée a été résiliée. Ce nouvel épisode montre si c’est encore nécessaire, que la démocratie actionnariale repose, pour commencer, par un fonctionnement correct des assemblées générales d’actionnaires. Les associations d’actionnaires individuels ainsi que l’ADAM, ont réclamé à l’occasion de la Loi PACTE  un réexamen des propositions de la commission des épargnants de l’AMF sur le vote en assemblée générale, qui avaient été rejetées ou suspendues par le Collège de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Il serait temps que le législateur et l’AMF se saisissent de ces questions qui n’ont rien d’anecdotique.

Un communiqué de Vinci du 1er août dernier, passé inaperçu dans la torpeur de l’été, indiquait qu’il y avait eu une erreur (qualifiée de dysfonctionnement informatique au sein du réseau bancaire*) dans la comptabilisation des voix à l’assemblée générale du 17 avril 2018. Le quorum était finalement de 57,59 % contre les 59 % constatés en AG. Et, comme par hasard, le nouveau score publié sous forme de rectificatif  modifiait le vote de la 12ème résolution de l’AGO.

Comme nous l’avions signalé sur ce site dès le lendemain de l’AG de Vinci, cette résolution était particulièrement contestée ( lire notre article : AG Vinci : les actionnaires contestent la gouvernance et l’indépendance de l’administrateur référent). Et ce n’est qu’une demi surprise de la savoir finalement rejetée avec 50,51 % de voix neutres ou contre, à comparer avec un score (faux) de 49,63 %. Le vote portait sur l’approbation de la convention réglementée de l’administrateur Yves-Thibault de Silguy, qui se faisait rémunérer depuis 2011, comme conseiller de Vinci à hauteur de 27 500 € par mois, ce qui instillait le doute quant à son indépendance en tant qu’administrateur référent, mais aussi comme président du comité des rémunérations et président du comité Stratégie et RSE. Déjà entre 2006 et 2011, l’ancien commissaire européen avait fait scandale, en trouvant le moyen de se faire attribuer, pas moins de 15 millions d’euros pour quatre années de présence comme président de Vinci.

Le conseil de Vinci présidé par Xavier Huillard, a décidé de résilier simplement la convention au profit d’Yves-Thibault de Silguy, qui mettait celui-ci en situation de conflit d’intérêt. Les actionnaires attendent maintenant de savoir si le haut fonctionnaire réputé pour son entre-gens, va donner sa démission du conseil et s’il a l’intention de rembourser les 2 millions € perçus depuis 2011.

La gouvernance de Vinci est régulièrement sur la brèche. Le niveau des rémunérations du top management reste l’un des plus élevés, le regroupement des fonctions de Président et de DG est désavoué, le cours s’effondre sous le coup d’un communiqué malveillant, des ONG font état de soupçons de travail forcé au Qatar, le canard enchaîné révèle un accord secret avec l’Etat à propos des péages autoroutiers…C’est décidément beaucoup pour une société que l’on dit candidate à la privatisation d’Aéroport de Paris.

Sans compter que Vinci abuse légèrement de l’auto-détention de son capital (6,8 %) et s’est arrangé pour que près de 10 % de ses droits de vote soient détenus par ses salariés et ses dirigeants.

Quant aux actionnaires individuels qui possèdent près de 8 % des voix en AG, leurs votes n’est pas facilité. Les dirigeants ont toujours refusé l’accès au système Votaccess qui éviterait la contestation sur le décompte du quorum et faciliterait la participation des petits porteurs.

Gérard Burnouf, actionnaire individuel a d’ailleurs réclamé l’usage de Votaccess lors de la dernière AG en questionnant le conseil d’administration par écrit « Les dirigeants de la société VINCI craindraient-ils une participation plus massive des “petits” actionnaires individuels ? » . Le conseil d’administration de Vinci a apporté la réponse suivante :  » La question de Monsieur Burnouf est légitime. L’utilisation de la plate-forme Votaccess pour participer aux assemblées générales est récente et le Groupe a souhaité bénéficier d’un retour d’expérience de la part d’autres émetteurs afin de s’assurer du bon fonctionnement de cet outil. Sa mise en œuvre chez VINCI est à l’étude et pourra vraisemblablement être envisagée l’année prochaine ». RDV est pris par conséquent, pour le 17 avril 2019 en AG.

*Le service financier de l’AG est assuré par le Crédit Industriel et Commercial – CIC d’après les indications au Balo.

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